Le tout premier conseil des ministres du nouveau président de la République, tenu le 19 octobre dernier, a permis à Ali Bongo de marquer un tournant décisif en prenant des décisions courageuses. Notamment la suppression d'une large gamme de fonctions, qui provoqueront sans doute des grincements de dents tant elles touchent de plein fouet la caste des privilégiés de la société.
La première d'entre elles est relative à la suppression des postes de ministres d'Etat et de ministre à titre personnel. Si la première fonction n'avait pas vraiment d'incidence financière dans la mesure où elle était davantage liée à l'ordre de préséance des ministres, la seconde, par contre, s'apparentait à un gouffre financier.
Pour ne pas fâcher certains compagnons sortis du gouvernement, ou récompenser des fidèles amis, l'ancien chef de l'Etat avait coutume de nommer ces derniers au poste de ministre à titre personnel, lesquels recevaient tous les avantages liés à la fonction de ministre, tout en restant parfois chez eux.
Le Conseil des ministres a supprimé également le cabinet privé du président de la République, les postes de coordonnateurs généraux à la Présidence de la République. Il en est de même des postes de haut représentants généraux ; de hauts conseillers du président de la République ; des représentants personnels du président de la République ; des délégués généraux interministériels ; ainsi que les postes de hauts commissaires, commissaires généraux et commissaires.
De même, les députés et les sénateurs ne sont plus autorisés à cumuler leurs activités parlementaires et avec les fonctions de président de Conseil d'administration des sociétés ou organismes des secteurs publics et parapublics, ainsi que des sociétés privées.
La disparition de ces différents postes, dont les titulaires parasitaient l'exécutif et la haute administration à travers le trafic d'influence auquel se livraient certains d'entre eux, permet sans doute de laisser les mains libres au nouveau pouvoir tout en favorisant la réalisation par l'Etat d'économies substantielles.
Par ailleurs, le Conseil des ministres a également réduit le nombre de membres de chaque cabinet ministériel. Désormais, ce dernier comprendra un directeur de cabinet, neuf conseillers, cinq chargés d'études et quatre chargés de missions.
L'autre décision de taille est celle qui invite instamment les membres du gouvernement à «s'acquitter, chacun, conformément à la loi, de leur obligations législatives de déclarations de patrimoines, devant la Commission nationale de lutte contre l'enrichissement illicite dans un délai d'un mois.» Des audits sont également programmés pour cerner les effectifs de la fonction publique, la masse salariale, ainsi que la dette intérieure et extérieure de l'Etat.
Une autre décision phare de ce conseil des ministres, même si elle a une portée davantage symbolique, concerne la suppression de la présentation des ministres dans leurs provinces et départements d'origine. Cette décision vise à faire en sorte que les ministres ne soient plus otages de leurs familles, clans, ethnies ou provinces. De ce fait, ils ne doivent leur présence au gouvernement que par la volonté du prince, et surtout leur capacité à exécuter avec efficacité la lettre de missions prescrite par le Premier ministre.
L'ensemble de ces décisions du tout premier conseil des ministres d'Ali Bongo marque sa volonté d'aller vite, de faire bien, de tourner le dos aux pratiques qui ont gangréné l'administration gabonaise en la rendant contre-performante. Le tout est de savoir maintenant quelle sera la capacité du nouveau gouvernement à rendre cette administration performante et compétitive.
(Auteur: Gaboneco)
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